Immortalité

Chaque troisième semaine, la même histoire se répète : je me lève assez tôt et pars pour la prise de sang à l’ICO. Les têtes là-bas ne changent pas trop souvent, mais il y a quelque chose en commun : les personnes qui y attendent sont 20, 30, 40 ou même 50 ans plus âgés que moi. Dans l’ascenseur, dans la salle d’attente ou à l’étage d’hospitalisation … Très rarement, vous rencontrez des gens de votre décennie – sans parler de votre génération. Il y a quelque temps, cependant, j’ai eu le plaisir de partager la chambre avec un garçon qui était plus jeune que moi. Eric avait 25 ans et je crois qu’il était de ma taille, bien que d’une constitution plus mince. Nous avons commencé une conversation et bientôt nous nous sommes demandé les noms de nos maladies. Sa maladie s’appelait aussi Ewing. Elle était placée dans la même partie du corps mais sur le côté gauche. Sa tumeur a été diagnostiquée par deux biopsies : la première par aiguille – complètement inutile – et la seconde chirurgicale. En fait, sa cicatrice n’avait que de 5 à 7 cm de long, donc Nathália et moi-même avons rappelé tristement le chef-d’œuvre du Dr Chérix sur ma jambe. Sa tumeur s’est également propagée aux poumons, ainsi qu’à d’autres parties qu’il ne voulait pas mentionner – tout en ignorant ainsi ma question naïve. Il tenait une bataille de 18 mois déjà contre la même chose que moi, et il y avait des signes de fatigue sur son visage. Nous avons parlé de nos histoires personnelles et de mon moustache et mes cheveux et aussi à propos de combien il manquait sa frange. Nous avons échangé des numéros de téléphone parce que jamais auparavant j’avais rencontré quelqu’un qui avait ce type de sarcome rare. Bien que je sois 7 ans plus vieux, à ce moment précis, je me sentais comme un gamin à l’école, très attentif à ce que l’enseignant avait à dire. Mais j’ai avalé ma salive et gardé le reste des questions pour une prochaine fois.

Malheureusement, je ne pourrai jamais faire ces questions … Le 26 août dernier, j’ai reçu les tristes nouvelles de son départ : sa flamme s’est éteinte pour toujours. Je te souhaite tout le meilleur, Eric, là où tu sois.

On se rend compte que la ligne qui sépare la vie et la mort est parfois si mince … Vous avez tendance à relativiser tout, à devenir plus sensible … Quand je pense à ce que j’ai ressenti il y a quelques mois, je nageais dans les opiacés, si près de cette ligne … Incapable de regarder ma réflexion dans un miroir, voyant l’expression endeuillée de toutes les personnes qui m’entouraient: ma femme, mes parents, mon frère, mes beaux-parents, mes grands-parents, mes oncles et mes tantes, mes cousins, mes amis … Je ressens maintenant le grand besoin de remercier la vie pour cette deuxième chance.

La chanson suivante a été chantée par Céline Dion au concert d’hommage aux Beegees. Je tiens à souligner que tant son mari que son frère ont perdu récemment leurs combats contre le cancer, comme l’un des frères Gibb – les membres des Beegees. C’est une chanson sur ce qui perdure dans cette vie et au-delà, et c’est la raison pour laquelle je voudrais la consacrer à toutes les personnes qui ont partagé quelque chose avec moi et qui ont succombé à cette maladie : le cousin de Jordi, María, M. Francisco, Luismi, Paco et Eric. Paix à ses âmes, R.I.P.

Immortality
Immortalité

I make my journey through eternity
Je fais mon voyage à travers l’éternité

I keep the memory of you and me inside
Je garde les souvenirs de toi et moi dedans

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